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Différentes possibilités :

Cibler un âge précis et une plateforme précise, ainsi qu’une matière.

Sélectionner âge et type de plateforme en-haut de la page, ainsi qu’une « matière », une catégorie  dans l’encart.

Important : lorsque vous poursuivrez la navigation, ces choix resteront mémorisés.

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Exemple de sélection « 6 ans » – « iPad » – « anglais ».

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Pour sortir de cette sélection fine, il faut désélectionner « 6 ans » – « iPad – anglais » en allant sur « Tous les âges », « Toutes les plateformes » et « Toutes les catégories ».

Avec un mot-clef, c’est possible aussi. « Dauphin » tapé dans le moteur de recherche et let’s go !

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Début

Peut-on comparer l’addiction aux écrans à une addiction aux drogues dures ?

Été 2016, un article est sorti dans le New-York Post et a fait sensation. Intitulé « C’est de l’héroïne digitale : comment les écrans transforment les enfants en junkies psychotics. » : avouez qu’il y a de quoi s’inquiéter. Mais si on creuse, on se rend compte qu’il manque d’étayage.

1 – L’accroche : l’histoire singulière d’une mère et de son enfant accro aux écrans

Le fil conducteur de cet article est l’expérience d’une mère de famille, Susan, maman de John et qui veut bien faire. Attention, on ne parle pas d’un panel de familles ayant partagé une expérience négative et ayant été suivies sur la durée par des experts.

Nous parlons d’une maman dont les propos ont été recueillis par Dr Nicholas Kardaras, car elle est sa patiente, qui est Professeur adjoint de clinique au Stony Brook University’s Health Sciences Center.

Pour vendre du papier, il y a un ingrédient clef : la sensation. La modération et un discours raisonnable n’a jamais intéressé personne. L’effet « Waouh » que l’on attend partout, lui, est prometteur de numéros écoulés.

Ainsi, Susan – qui semble investie dans l’éducation de son enfant, et que l’on imagine, a priori , bien sous tous rapports – a suivi ce que proposait l’école qui utilisait l’outil digital dans les petites classes. Elle a laissé son fils – qui aimait lire et jouer au baseball – jouer à Minecraft … des après-midis entiers. Mais pourquoi, diable, aller dans l’exagération immédiatement ? Elle découvre cela et le laisse se livrer à une activité unique sans limites …

Jusque là, tout va bien. R. A. S. Puis elle remarque qu’il est de plus en plus focalisé sur le jeu, perd tout intérêt pour son sport favori et refuse de faire les tâches qui lui sont imparties.

Que fait-elle ? Que feriez-vous, vous ? Elle le laisse continuer jusqu’à un point vraiment inquiétant – l’enfant en rêve la nuit – où elle tente de lui enlever le jeu, brutalement. Ce qui donne lieu à des caprices et colères. Nous n’en fermions pas moins.

Tentez l’expérience avec n’importe quel joujou auquel l’enfant est attaché et avec lequel il aime jouer : vous obtiendrez strictement le même résultat. Ainsi elle capitule et le laisse poursuivre.

Une nuit – attention, le sensationnel est là – nous vivons une scène de film d’horreur, nous en tremblons à la lecture, j’ai revu les images de « L’exorciste » en lisant – John est assis dans le noir avec sa tablette à portée de main, regard dans le vide, yeux injectés de sang (ben voyons …), il a l’air d’être en transe.

Première chose : COMMENT SE FAIT-IL QU’UN ENFANT AIT UNE TABLETTE À PORTÉE DE MAIN DANS SA CHAMBRE, LA NUIT ? N’importe quoi. Cette maman qui s’étonne des méfaits causés par une utilisation excessive alors qu’elle se laisse vraiment dominer au point de lui laisser la tablette la nuit. L’adulte, c’est elle.

Deuxième chose : les yeux injectés de sang. Pur racolage journalistique facile.

Troisième chose : elle a atteint des limites que peu, très peu de parents atteignent. Le fait que son enfant soit occupé sur la tablette devait la libérer, l’arranger car elle pouvait se reposer sur l’outil. Ce que je ne condamne pas et comprends dans certains cas de figure. Lorsque cela a pris des proportions folles, elle s’est inquiétée mais il était déjà bien tard. Le problème peut être réglé plus facilement en amont en étant présent pour son enfant et en imposant des limites très claires. Mais cela demande d’être exigeant.

L’article fait un détour par les principes des patrons de grandes sociétés de la Silicon Valley qui mettent un point d’honneur à éloigner les enfants des écrans, notamment lors du dîner et de moments clefs en famille.

Cela paraît d’une évidence évidente 😉 qu’il faille procéder comme cela : personne ne le niera.

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2 – L’analogie facile « addiction aux écrans – addiction aux drogues dures »

Le Dr. cite une étude impossible à trouver indiquant que des imageries du cerveau montreraient que l’utilisation de tablettes et autre Xboxes affecterait le cortex pré-frontal comme le fait la cocaïne (dans le titre, il s’agissait d’héroïne, vous avez remarqué ? Même lui s’y perd au milieu de toutes ces poudres …), activant une hormone liée au plaisir, qui est aussi celle qui induit de la dépendance, la dopamine.

Évidemment, toute activité donnant du plaisir permettra à ce neurotransmetteur d’entrer en action, tel qu’écouter de la musique, par exemple.

Est-ce que je peux mettre en parallèle le plaisir d’écouter de la musique avec celui véhiculé par la prise de cocaïne, bien que le neurotransmetteur activé soit similaire ? Absolument pas. Il y a des niveaux, vous en conviendrez.

Ceci est très bien décrit par Daniel Willingham, professeur de psychologie à l’Université de Virginie, diplômé de Harvard en psychologie cognitive et auteur de plusieurs livres sur l’apprentissage.

Celui-ci nous dit que si nous achetons un lapin, que nous constatons qu’il a quatre pattes, que les tigres en ont le même nombre, nous pourrions faire un raccourci tel que « nous avons ramené un tigre à la maison ». Absurde. C’est un espèce de sophisme qui ne mène nulle part si ce n’est à soulever des peurs irraisonnées.

Le Dr. sort des poncifs du type : « des centaines d’études cliniques montrent que les écrans augmentent dépression, anxiété et agressions ». Sans en citer une seule précise et sans citer dans quelles conditions d’utilisations elles ont été menées.

Ceci dit, on peut en trouver. Nul doute. Mais j’aurais aimé qu’au moins l’une d’entres elles soit citée.

La citation du Dr., disant qu’il est plus facile de soigner un drogué à l’héroïne plus qu’un addict aux écrans m’a particulièrement interpellée et intéressée. Elle n’est visible nulle part ailleurs que dans cet article.

Pardon, elle est visible partout ailleurs (cf. ma capture d’écran) dans des articles qui font le « copier-coller » de cet article de NY Post, mais sans étayage scientifique, chiffres à l’appui ni étude sérieuse.

Selon l’Académie des pédiatres américains, les enfants âgés de 8 à 10 ans passent 8 heures par jour devant un écran, et les adolescents y passent 11 h. Et 18 % des jeunes en âge d’être étudiants souffrent d’addiction.

Ainsi, nous arrivons à un moment crucial du processus de « digital détox » : le fait de devoir tout couper pour sevrer le jeune. Difficile à mettre en œuvre, les écrans étant partout.

De plus, couper l’enfant des écrans est vain car dès qu’il « sortira » de ce sas « sans écran », il retombera immédiatement dans ce « travers » car il aura nécessairement accès aux écrans quelque-part. On ne va pas l’enfermer, n’est ce pas ?

Ce qui est important pour le « rééquilibrer » est de créer du lien avec son entourage et de ne pas se décharger de la parfois pénible mission de parentalité sur les écrans. Il faut se reconnecter avec son enfant, lui parler, le regarder et s’intéresser à ses propos, l’impliquer dans les activités, dans les tâches (faites-leur couper les légumes pour la préparation du repas : ils adorent cela et on échange au sujet d cela journée de chacun) ce qui permettra de le sortir de cet état d’addiction néfaste pour sa santé mentale voire physique.

À ce sujet, c’est très très bien expliqué par un jeune homme, Johann Hari, qui lui a bien compris le noeud du problème car il a des parents addicts aux drogues dures, dans ce TEDx : « Everything you think you know about addiction is wrong. » (Tout ce que vous pensez savoir sur l’addiction est faux.).  Le problème de l’addiction vient de la déconnexion, de la déconnexion avec les humains.

Ainsi, la fin de l’article est sensée et indique ce qu’il faut faire pour éviter les comportements à risque : commencer par se discipliner soi (nous, les parents). Pas de téléphone lors des dîners familiaux avec les enfants ; leur expliquer clairement quelles sont les règles de la maison et s’y tenir (« Monkey See, Monkey do » : petit singe voit, petit singe fait ; expression indiquant que les enfants agissent par imitation) ; les zones sans téléphones ni tablettes de la maison …

Et bien-sûr, évidence parmi les évidences, unité de temps, unité de lieu : nous impliquons les enfants dans des activités sportives, avec des amis en chair et en os, dans des activités créatives etc …

Ainsi, les articles de ce type, faisant sensation et induisant des terreurs qui peuvent être injustifiées sont à prendre avec du recul et à étudier sous toutes leurs coutures.

L’expérience de cette patiente avec son fils est extrême et non représentative d’une moyenne. Ceci dit, il est intéressant de savoir jusqu’où peut aller un enfant et de prendre conscience du fait que l’addiction puisse frapper à la porte du laisser-aller des parents assez rapidement.

L’important est l’interaction entre les gens, de toutes générations, de tous milieux. Ne pas s’ignorer et échanger, cela évitera de fait les comportements déviants.

Par Julie Kuhn, aka Super-Julie